Friday, July 21, 2006

ZAMBIE: Après la crise économique, le sida

NDOLA, 20 juillet (PLUSNEWS) - Une hausse des cours mondiaux du cuivre a permis à la région de la Copperbelt de sortir de dix années de marasme économique, mais dans une région qui affiche le taux de prévalence du VIH le plus élevé de la Zambie, la population subira encore longtemps les conséquences de la récession.

La Zambie a connu une économie florissante pendant plus de 70 ans grâce à l’exploitation du cuivre et du cobalt. De grandes villes se sont développées autour des mines.

Puis, la privatisation de l’industrie minière dans les années 1990, la chute des cours mondiaux et les caisses vides du gouvernement ont entraîné un taux de chômage élevé et une chute du niveau de vie dans la province fortement urbanisée de la Copperbelt.

La pauvreté, la prostitution et le VIH/SIDA sont étroitement liés. Joyce Mutale, comme beaucoup d’autres femmes veuves, n’a toujours pas reçu les indemnités qu’elle aurait dû percevoir suite au décès de son mari, dans une mine en 1999.

Elle a dû finir par se faire à l’idée que la prostitution pouvait être une solution pour survivre. Ainsi, impuissante, elle regarde sa jeune sœur vendre son corps.

Aussi pénible que cela puisse être, «il serait hypocrite de ma part de ne pas reconnaître la misère dans laquelle nous vivons et de demander à ma soeur d’arrêter de se prostituer», a dit Joyce Mutale. «C’est l’argent qu’elle gagne qui nous permet de vivre. Je pourrai peut-être la décourager une fois que j’aurai obtenu les indemnités décès».

«Je sais que le VIH existe réellement puisque nous avons vu mourir beaucoup de personnes de notre entourage, dont des veuves, mais j’encourage toujours ma sœur à utiliser des préservatifs. Je ne peux rien faire d’autre en ce moment pour changer les choses», a-t-elle ajouté.

Les villes de Ndola, Kitwe et Chingola, toutes trois situées dans la région de la Copperbelt, affichent un taux de prévalence du VIH/SIDA de 26,6 pour cent, soit un taux supérieur à celui enregistré à Lusaka, la capitale, qui est de l’ordre des 22 pour cent, et à la moyenne nationale qui est estimée à 16 pour cent.

«Dans les villes minières, la pandémie de VIH/SIDA a donné naissance à un grand nombre d’enfants orphelins et vulnérables qui sont devenus des enfants des rues [vulnérables à l’exploitation]», a déclaré Aaron Nkhuwa, spécialiste VIH/SIDA auprès de l’agence de développement Care International.

Au cours des années 1990, l’industrie minière créait de moins en moins d’emplois, et employait, en 2001, 34 966 personnes. Cependant, la hausse des cours du cuivre a incité les investisseurs à revenir dans la région de la Copperbelt et en janvier dernier, 51 000 personnes travaillaient sur les exploitations, a indiqué le ministre des Mines Kalombo Mwansa.

Bien que la plupart des nouveaux emplois créés soient des emplois temporaires et qu’ils ne proposent pas les avantages offerts autrefois par l’industrie minière, qui s’est effondrée avant d’être finalement privatisée en 2000, ils permettent néanmoins de renflouer les poches des ouvriers et de revitaliser les entreprises.

En outre, le nouvel essor économique de la région s’accompagne d’une explosion de l’industrie du sexe.

«Je ne regrette pas d’être partie de Livingstone [la capitale touristique de Zambie] parce que je gagne mieux ma vie ici», a confié Josephine Chanda, une jeune femme de 32 ans, qui a quitté le sud du pays pour venir vivre, en mars dernier, à Ndola avec ses deux enfants. «A l’heure actuelle, toute prostituée digne de ce nom doit venir travailler à Copperbelt.»

Josephine Chanda a expliqué qu’en travaillant dans les bars de la ville minière, elle gagnait plus de 50 dollars par nuit, alors que le salaire d’un fonctionnaire s’élève à environ 210 dollars par mois. «Parfois, les clients me battent si j’insiste pour utiliser un préservatif, ils m’obligent à avoir des rapports non protégés et dans ce cas, je leur demande plus d’argent», a-t-elle ajouté.

Pour Henry Loongo, membre du groupe de travail sur le sida de la région, «l’augmentation de la prostitution dans la région de la Copperbelt est notre principale préoccupation».

«Elle risque d’aggraver les ravages du VIH/SIDA dans les villes minières, car l’épidémie se propage là où se concentrent les activités sexuelles», a-t-il conclu.

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